02 – Démarche artistique

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Photo : Maurice Kloetzlen

(texte réalisé en 2017 par Cécile Dupierris – écrivaine et psychomotricienne diplômée)

Démarche intérieure :

Dans les travaux photographiques il est question de «déshumain» qui pour C.A.C n’a pas de genre, en tentant de se détacher des clichés au fur et à mesure. La forêt reflète également ce côté sauvage que l’on trouve dans les relations humaines et que C.A.C aime retranscrire. Nous dépendons de la nature et de ce qu’elle nous donne tout comme l’être humain, nos rapports sont étroitement lié, un atome crochu comme une liane qui se hisse, des relations épineuses comme des ronces, une relation charnelle évoquant des épices aphrodisiaques.  Le cycle de la nature, du renouvellement, du temps… La mort d’une plante qui s’apparente à la mort d’un proche, déraciner quelque chose..

Les photos sont des métaphores des sentiments, des émotions, des histoires cachées. Tester le corps avec le langage des autres, confronter les limites et les résistances de chacun.

La construction du décor se fait avec la matière première qui est déjà à l’endroit trouvé (souvent des lieux abandonnés). C.A.C utilise la lumière naturelle, les caprices de la nature avec les conditions météorologiques (le froid, la pluie, la canicule, les attaques de moustiques dans les étangs..).

Eprouver, ressentir sont peut-être les maîtres mots de sa démarche, car c’est ainsi que des sensations naissent, et s’expriment en textures, atmosphères, volumes et sensations. A la croisée du conscient et de l’inconscient, chaque photographie emporte en elle des méandres de sentiments. Photographies libératrices, pour ainsi les qualifier à ses yeux, puisqu’elles reflètent directement une part intime réelle et profonde, sur ce qui ne peut être dit par les mots. Son travail prend sa source au cœur d’une effervescence d’états intérieurs, simples réactions humaines à de multiples évènements de vie, comme tout un chacun peut l’expérimenter. Cette vie foisonnante d’émotions qui parfois la submerge, se traduit souvent lors de rêves récurrents, et présents déjà depuis son enfance. Dans ces rêves, son être n’y est que pure matière, pleine d’énergie. Son corps sans consistance et sans forme est le seul réceptacle d’une vie frétillante et en perpétuel mouvement. C.A.C retrouve dans ces rêves une impression bien connue, à la fois insoutenable et douce, explosive mais pourtant réconfortante. Milles et unes de ces sensations lui évoquent des couleurs, des scènes, et elle aperçoit parfois l’ébauche intermittente de ses futures photographies lorsqu’elle ferme les yeux. Son travail artistique démarre donc d’un point intérieur – si fort, si flou – qu’il se doit de trouver une issue de sortie. La photographie est pour elle une manière de clarifier, figer, canaliser mais surtout libérer ce qui est à l’intérieur.

Description des photographies :

D’ailleurs, ses photos s’ébauchent doucement, bien longtemps avant même de les matérialiser. Des envies se relient à des intuitions, des intuitions à des évidences, puis des évidences en idées, concepts. De l’intérieur vers l’extérieur dont elles empruntent le chemin, ses photographies se construisent pièce par pièce et détail par détail, suivant toujours ses instincts. Jamais dépourvues de sens, faisant écho à des allégories, elles se dessinent d’elles-mêmes et se créent au gré du temps, à la nature et l’intensité ascendante des sentiments, mais aussi au gré des paysages rencontrés.

A ses yeux, le lieu n’est jamais anodin, puisqu’il se trouve en résonance complète avec la scène, les sentiments, les personnages. Le temps est peut être ce qui la conduit dans ses recherches, car elle fait confiance en ses cycles ; lorsqu’une photographie lui trotte en tête, elle sait qu’elle trouvera le bon lieu, le bon moment, l’adéquation, et se laisse le temps d’y parvenir. Les éléments naturels parlent, allant jusqu’à la nature des sols, des végétaux environnants, de l’humidité, de la sécheresse ou du froid glaçant. Les accessoires et les décors dont elle dispose et construit avec soin pour ses photos, possèdent en parallèle leurs charges d’émotions : objets d’aujourd’hui, d’autrefois, trouvés, donnés, offerts. Eléments naturels, éléments éteints ou bien vivants, objets, odeurs et ambiances ne forment qu’une seule et même unité, une œuvre purement organique. Les corps sont pleinement présents, vivants et traversés par les déferlantes de sentiments humains internes, par les aléas du dedans mais aussi du dehors.

Les personnes qu’elle met en scène dans ses photographies ne sont pas dirigées vers ce rôle, bien au contraire. Venant de tous les horizons, elles croisent son chemin et la touche par leurs histoires. Leurs questionnements l’inspirent des sentiments qu’elle souhaite partager avec eux. Ses « modèles » jouent donc un rôle central dans son travail, ils acceptent de se prêter au jeu avec elle et se laissent guider dans une expérience commune, et souvent nouvelle. Les nombreux décors et accessoires sont mis en place pour mieux parler d’eux, car ces photographies figent aussi un bref instant de leurs émotions, leurs propres atmosphères et leurs propres doutes. Positionnés face à leurs réalités, chaque personnage accepte la scénographie de sa propre histoire, qu’il reconnait ou non. Dans le montage de chaque photographie, le modèle peut éprouver, comme le spectateur, comme C.A.C, ce foisonnement de ressentis.

Intention générale:

Chaque photographie est un jeu théâtral capturé dans le temps, aux décors moites, vaporeux, poétiques, parfois curieux ou étranges. C’est une saynète figée faisant appel à tous les sens. Chaque détail, chaque élément naturel est une allégorie cherchant à matérialiser les éprouvés par des volumes, des couleurs, et des atmosphères. Tout est matière, métamorphoses, tournant et roulant en cycles et en interactions. Les corps éprouvent les éléments, les climats, les sensations mais surtout les déferlantes de sentiments qui les traversent. En photographiant, son intention est elle aussi cyclique ; éprouver, mettre en volume, envoyer vers le spectateur mais surtout lui parler.

C.A.C souhaite que ses photographies puissent divulguer des ambiances remplies de parfums et d’impressions chez le spectateur. Cherchant à éjecter un sentiment qui lui est propre, dans l’idée que cela résonne pour celui qui serait ok pour le recevoir. Que les autres puissent comprendre ses codes à elle : les sensations, les éléments de la nature. Ses codes sont pourtant universels à tous à ses yeux. Elle  cherche à ce que son travail puisse peut-être, qui sait, faire vibrer les cordes d’un autre.

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Photo : Maurice Kloetlzen

Les oeuvres, plongées des rêves aux univers oniriques souhaitent laisser leurs parfums s’étendent autour d’elle, touchant, elle  l’espère, le spectateur de ce théâtre figé. Le foisonnement qui se trouve en son intérieur est loin d’être seul, puisqu’à ses yeux il est universel. Les éprouvés lui sont propres, mais font écho à bien d’autres individus. Puisse son travail toucher celui et/ou celle qui souhaite résonner sur toutes ces impressions humaines que nous avons en commun ; là est son intention. Lorsque ses propres cordes se mettent à vibrer, elles peuvent faire résonner celles qui sont à leurs côtés. »

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