02 – Démarche artistique

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Photo : Maurice Kloetzlen

Texte Cécile Barrios :

« Dans le secteur de l’art photographique, le projet de l’Exposition performance de « Champignon au Champagne »  se veut novateur en créant une soirée interactive et éphémère sur l’univers artistique qui mélange plusieurs disciplines.

Il est souvent question du lieu insolite et du temps à consacrer à cette « expo-performance » qui dure le temps d’une soirée éphémère où s’anime des créatures, il y a du chant lyrique, des lectures de poèmes d’auteurs surréalistes (Artaud, Leiris, Breton, etc), des danseurs qui se tortillent entre le sol et la fumée qui les recouvrent…

Dans les travaux photographiques il est question de «déshumain» qui pour moi n’a pas de genre, en tentant de se détacher des clichés au fur et à mesure. La forêt reflète également ce côté sauvage que l’on trouve dans les relations humaines et que j’aime retranscrire. Nous dépendons de la nature et de ce qu’elle nous donne tout comme l’être humain, nos rapports sont étroitement lié, un atome crochu comme une liane qui se hisse, des relations épineuses comme des ronces, une relation charnelle évoquant des épices aphrodisiaques.  Le cycle de la nature, du renouvellement, du temps… La mort d’une plante qui s’apparente à la mort d’un proche, déraciner quelque chose..

Les photos sont des métaphores des sentiments, des émotions, des histoires cachées. Tester le corps avec le langage des autres, confronter les limites et les résistances de chacun.

La construction du décor se fait avec la matière première qui est déjà à l’endroit trouvé (souvent des lieux abandonnés). J’utilise la lumière naturelle, les caprices de la nature avec les conditions météorologiques (le froid, la pluie, la canicule, les attaques de moustiques..).

Eprouver, ressentir sont peut-être les maîtres mots de ma démarche, car c’est ainsi que des sensations naissent, et s’expriment en textures, atmosphères, volumes et sensations. A la croisée du conscient et de l’inconscient, chaque photographie emporte en elle des méandres de sentiments. Photographies libératrices, pour ainsi les qualifier à mes yeux, puisqu’elles reflètent directement une part intime réelle et profonde, sur ce qui ne peut être dit par les mots. Mon travail prend sa source au cœur d’une effervescence d’états intérieurs, simples réactions humaines à de multiples évènements de vie, comme tout un chacun peut l’expérimenter. Cette vie foisonnante d’émotions qui parfois me submerge, se traduit souvent lors de rêves récurrents, et présents déjà depuis mon enfance. Dans ces rêves, mon être n’y est que pure matière, pleine d’énergie. Mon corps sans consistance et sans forme est le seul réceptacle d’une vie frétillante et en perpétuel mouvement. Je retrouve dans ces rêves une impression bien connue, à la fois insoutenable et douce, explosive mais pourtant réconfortante. Milles et unes de ces sensations m’évoquent des couleurs, des scènes, et j’aperçois parfois l’ébauche intermittente de mes futures photographies lorsque je ferme les yeux. Mon travail artistique démarre donc d’un point intérieur – si fort, si flou – qu’il se doit de trouver une issue de sortie. La photographie est pour moi une manière de clarifier, figer, canaliser mais surtout libérer ce qui est à l’intérieur.

D’ailleurs, mes photos s’ébauchent doucement, bien longtemps avant même de les matérialiser. Des envies se relient à des intuitions, des intuitions à des évidences, puis des évidences en idées, concepts. De l’intérieur vers l’extérieur dont elles empruntent le chemin, mes photographies se construisent pièce par pièce et détail par détail, suivant toujours mes instincts. Jamais dépourvues de sens, faisant écho à des allégories, elles se dessinent d’elles-mêmes et se créent au gré du temps, à la nature et l’intensité ascendante des sentiments, mais aussi au gré des paysages rencontrés.

A mes yeux, le lieu n’est jamais anodin, puisqu’il se trouve en résonnance complète avec la scène, les sentiments, les personnages. Le temps est peut être ce qui me conduit dans mes recherches, car je fais confiance en ses cycles ; lorsqu’une photographie me trotte en tête, je sais que je trouverai le bon lieu, le bon moment, l’adéquation, et me laisse le temps d’y parvenir. Les éléments naturels parlent, allant jusqu’à la nature des sols, des végétaux environnants, de l’humidité, de la sécheresse ou du froid glaçant. Les accessoires et les décors que je dispose et construis avec soin pour mes photos, possèdent en parallèle leurs charges d’émotions : objets d’aujourd’hui, d’autrefois, trouvés, donnés, offerts. Eléments naturels, éléments éteints ou bien vivants, objets, odeurs et ambiances ne forment qu’une seule et même unité, une œuvre purement organique. Les corps sont pleinement présents, vivants et traversés par les déferlantes de sentiments humains internes, par les aléas du dedans mais aussi du dehors.

Les personnes que je mets en scène dans mes photographies ne sont pas dirigées vers ce rôle, bien au contraire. Venant de tous les horizons, elles croisent mon chemin et me touchent par leurs histoires. Leurs questionnements m’inspirent des sentiments que je souhaite partager avec eux. Mes « modèles » jouent donc un rôle central dans mon travail, ils acceptent de se prêter au jeu avec moi et se laissent guider dans une expérience commune, et souvent nouvelle. Les nombreux décors et accessoires sont mis en place pour mieux parler d’eux, car ces photographies figent aussi un bref instant de leurs émotions, leurs propres atmosphères et leurs propres doutes. Positionnés face à leurs réalités, chaque personnage accepte la scénographie de sa propre histoire, qu’il reconnait ou non. Dans le montage de chaque photographie, le modèle peut éprouver, comme le spectateur, comme moi, ce foisonnement de ressentis.

Chaque photographie est un jeu théâtral capturé dans le temps, aux décors moites, vaporeux, poétiques, parfois curieux ou étranges. C’est une saynète figée faisant appel à tous les sens. Chaque détail, chaque élément naturel est une allégorie cherchant à matérialiser les éprouvés par des volumes, des couleurs, et des atmosphères. Tout est matière, métamorphoses, tournant et roulant en cycles et en interactions. Les corps éprouvent les éléments, les climats, les sensations mais surtout les déferlantes de sentiments qui les traversent. En photographiant, mon intention est elle aussi cyclique ; éprouver, mettre en volume, envoyer vers le spectateur mais surtout lui parler.

Je souhaite que mes photographies puissent divulguer des ambiances remplies de parfums et d’impressions chez le spectateur. Je cherche à éjecter un sentiment qui m’est propre, dans l’idée que cela résonne pour celui qui serait ok pour le recevoir. Que les autres puissent comprendre mes codes à moi : les sensations, les éléments de la nature. Mes codes sont pourtant universels à tous à mes yeux. Je cherche à ce que mon travail puisse peut-être, qui sait, faire vibrer les cordes d’un autre.

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Photo : Maurice Kloetlzen

Les oeuvres, plongées des rêves aux univers oniriques souhaitent laisser leurs parfums s’étendrent autour d’elle, touchant, je l’espère, le spectateur de ce théâtre figé. Le foisonnement qui se trouv een mon intérieur est loin d’être seul, puisqu’à mes yeux il est universel. Les éprouvés me sont propres, mais font écho à bien d’autres individus. Puisse mon travail toucher celui et/ou celle qui souhaite résonner sur toutes ces impression humaines que nous avons en commun ; là est mon intention. Lorsque mes propres cordes se mettent à vibrer, elles peuvent faire résonner celles qui sont à leurs côtés. »

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